« Le désir de nouveautés - L’obsolescence au cœur du capitalisme (XVe-XXIe siècle) »

Jeanne Guien

6 mars 2025

« C’est nouveau, ça vient de sortir, c’est la mode... » Pourquoi ces discours font-ils vendre ? Comment expliquer qu’un produit mis récemment sur le marché paraisse plus désirable et plus fiable que les autres, aussitôt déclassés et considérés comme vieux, dépassés, obsolètes ?
Au gré de la diffusion du capitalisme depuis le XVIe siècle, la nouveauté est devenue un étalon de valeur. Dans la publicité et la communication des entreprises, elle est appliquée à tout et n’importe quoi, n’importe comment : des voitures restent nouvelles un an, des styles vestimentaires le redeviennent tous les vingt ans, des objets jetables le sont pendant quelques minutes, voire quelques secondes... Pourtant, en dépit de leur obsession pour le sujet, économistes et marketeurs peinent à définir la nouveauté et à justifier l’aura qu’ils lui prêtent. Ils sont incapables de mesurer le nombre de « nouveaux produits » commercialisés chaque année et constatent que la grande majorité de ces « lancements » échouent, cette offre ne répondant à aucune demande. Les acteurs du marché n’en continuent pas moins à encourager et à encenser l’« innovation ».
Cet ouvrage raconte comment, par leurs discours et leurs pratiques, marketeurs, publicitaires, économistes, mais aussi négociants, managers, politiques, designers ou scientifiques ont construit la nouveauté et sa valeur, sous des formes variées, absurdes, agressives. Du commerce colonial vantant les produits « exotiques » aux promesses de « progrès » et de « modernité » mécanique, électrique ou numérique, en passant par la « mode », le « style » ou les produits jetables, il s’agit toujours de prêter aux consommateurs, et surtout aux consommatrices, un désir incontrôlable de nouveautés, afin de légitimer un modèle économique dévastateur : acheter, jeter, racheter.

La Découverte — Le 6 Mars 2025

Dans la même rubrique

30 janvier 2026

« Peste noire »

Sont-ce des anges qui chutent du ciel ? Ou des hommes qui s’effondrent, dansant les désastres du passé ? En s’approchant, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un tableau ancien, mais bien d’une image récente de notre condition humaine. Car nous (…)

23 janvier 2026

« Contre les figures d’autorité »

« Derrière chaque nom propre, chaque signature, chaque visage médiatique se rejoue un processus d’hypnose douce, un appel à suspendre notre jugement, à laisser une autorité organiser notre perception du monde. » Partant du constat que nous (…)

29 octobre 2025

« Le Message »

Comment les histoires que nous racontons — et celles que nous taisons — façonnent-elles notre perception du monde ? C’est la question que Ta-Nehisi Coates, l’un des écrivains américains majeurs de son époque, pose dans son nouvel essai, en (…)

10 octobre 2025

« Logocratie »

Que se passe-t-il quand les discours du pouvoir cèdent à la déloyauté ? Quand les gouvernants ne cessent de mentir, sans jamais avoir à en payer le prix ? Quand la communication se permet de dire ce qui est faux, taire ce qui est vrai, et ne pas (…)

8 octobre 2025

« La guerre des mots Trump, Poutine et l’Europe »

Barbara Cassin, philologue et philosophe, est directrice de recherches au CNRS. Spécialiste de philosophie grecque, en particulier de rhétorique et de sophistique, elle anime deux collections chez Fayard. Elle a dirigé Le Vocabulaire européen des (…)

2 octobre 2025

« Je sommes plusieurs - Sur les personnalités multiples »

Plutôt que de présenter l’être humain comme déchiré entre des pulsions contradictoires, ne serait-il pas plus simple d’admettre que chacun·e d’entre nous abrite différentes personnes, qui parfois ne se connaissent même pas ? Une telle évolution (…)