« J’voulais naître gamin »
Francesca Maria Benvenuto
5 septembre 2024
Moi c’est Zeno. J’suis coffré, à Nisida, la prison pour mineurs. J’ai chopé une peine, com’tous les gamins ici, sauf que la mienne, elle est grosse coinça ! Et ¡vous dis pas combien j’ai pris eh, parce que j’ai peur qu’ça vous choque après. Une prof ici, en taule, m’a promis que si j’écris, elle en touchera deux mots au directeur pour qui me file la permission de sortie à Noël, parce que maman est disponible pour me prendre deux jours. Et ça, c’t’un chouet’truc, parce que ça veut dire qu’elle m’a pas oublié. Com’ça j’peux retourner dans notre basso crasseux, à Forcella. Là-bas on manque de tout, d’argent surtout. D’amour jamais. Alors j’écris des trucs sur ma vie, qu’est pas longue mais pas courte non plus, ¡suis petit, mais un peu grand aussi. Au début j’étais pitchoun, coin’ les enfants, les vrais, quoi. Après j’ai dû grandir. Quand j’ai commencé l’métier. C’que j’voulais naître gamin, moi. Mais c’t’honneur-là, j’l’ai jamais eu. Une voix difficile à oublier.
Editeur : Liana Levi — Traduit de l’italien par Audrey Richaud — Le 5 septembre 2024
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Traces de lecture
Mais laissez-moi deux trois fautes, comme ça on comprend qu’c’est vraiment moi. C’est important qu’c’est vraiment moi.
Sinon, j’me reconnais plus quand j’me regarde dans le miroir.
Par contre, ajoutez les virgules.
Cel’là j’sais pas les mettre, vous savez que j’les aime pas.
Les points ont plus de dignité.
Le 2 novembre 1991, c’t-à-dire le jour des morts
Aujourd’hui, c’est les morts.
C’est un jour fait pour eux quoi, et les vivants ont juste à la boucler.
Moi j’ai jamais compris pourquoi on doit fêter la mort de nos morts, des vôtres, des leurs et d’ceux du monde
entier, tous ensemble, qu’après i’s’font la concurrence.
Dans ma famille, personne a claqué en novembre.
Nous on a que des morts estivaux.
Alors dimanche, j’l’ai regardée par la fenêtre.
La mer était là.
Dehors, comme d’habitude, parce qu’elle est jamais dedans cel’là, par définition et par nature.
Et la mer veut à tout prix qu’on la regarde, parce qu’elle se la pète.
Et moi ça m’les brise, j’vous prie de m’excuser mais c’est vraiment le cas.
Valait mieux pas que j’naisse fils.
Mais apparemment c’est obligatoire.
Mon père, même si c’t’un connard, j’dois forcément l’aimer.
Parce que c’est normal d’aimer son père.
Moi j’suis né très normal.
J’suis né juste un peu erroné.
Mais malheureusement, mon cœur est correct.

















