« Les Projectiles »

Louise Rose

21 août 2025

C’est l’histoire d’une fuite et d’une quête sur cinq jours. Bébé, la jeune héroïne de ce premier roman, quitte brusquement son compagnon pour aller chercher une boîte qu’elle a enterrée dans le jardin de la maison où elle a vécu enfant. Cette boîte renferme des babioles secrètes qui, au fil du récit, se manifestent sous la forme de flashbacks.

La fuite de Bébé donne lieu à un avis de « disparition inquiétante ». Cinq jours de suspense, d’accidents, de souvenirs qui remontent à la surface, mais racontés à rebours. Le roman s’ouvre sur le chapitre 16, le dernier, où Bébé atteint son but et retrouve sa boîte, pour remonter dans le temps jusqu’au premier chapitre dans lequel Bébé bifurque étrangement, s’échappe d’un quotidien auquel elle ne peut plus appartenir. Pourquoi disparaître ainsi, uniquement pour retrouver une vieille boîte en métal ? Bébé n’a pas la réponse. Et ça ne l’intéresse pas. Elle vit une aventure à tiroirs. Les projectiles, ce sont des souvenirs, des traces, des objets et des mots qui déboulent dans le récit, et apparaissent sous forme d’impacts. Quelque chose n’est pas à sa place ou n’en a pas. Cette lecture à rebours permet de jouer avec le récit et les attentes du lecteur, comme dans un jeu de piste et un puzzle.

Roman virtuose, burlesque, plein d’humour, d’énigmes, de suspense, où les jeux de langage participent de la quête. Le moindre détail devient signifiant. La fuite crée un léger trouble dans le temps et l’espace, dans la vie elle-même. Le roman est une échappée reliée à un objet dérisoire et immobile mais où toute l’émotion d’une existence semble se concentrer et vibrer. L’objet de la quête est un secret, enfermé dans une boîte dont les objets modestes sont eux-mêmes des secrets en forme de souvenirs. Comme si Bébé devait quelque chose à l’enfant qu’elle a été, un pacte indicible, infime et intime. Un pas de côté qui nous propulse dans une autre dimension que tente de nous faire vivre ce récit à rebours.

POL — Le 21 Août 2025

Avis Librairie La Passerelle
Lorsque nous découvrons la narratrice, elle s’apprête à franchir le mur d’une propriété pour déterrer une boîte qu’elle a enfouie là longtemps avant. Au fil des chapitres nous allons ensuite reculer petit à petit dans le temps, jusqu’à sa fuite initiale et les raisons de sa présence sur les lieux. L’écriture, qui s’attache à décrire un flux de conscience et des notations sensorielles, permet de découvrir progressivement l’histoire de cette femme et ce qui la meut. Original !
Louise Rose sera présente à la librairie le jeudi 2 octobre à 19h

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